Monday, July 17, 2006

PROFESSION? ANCIEN ESCLAVE....

La demande d’acquittement par la France d’une dette historique envers Haïti est typique des imbécillités aristidiennes. Elle serait amusante comme un caprice enfantin, si elle n’émanait pas d’un criminel aux mains et au portefeuille souillés, conseillé par des cabinets américains grassement payés sur le dos de l’aide internationale détournée et du trafic de drogue. Politiquement, l’argument porte – un temps – auprès de ceux qui n’y connaissent rien. Après tout en effet, à l’heure des repentances, des tribunaux internationaux et des excuses rétrospectives, pourquoi pas Haïti.

Cette demande, bien que juridiquement grotesque , sera sans doute bien vue des lobbies noirs américains, qui entre deux énormes bouchées de maïs en regardant le câble ont la conscience qui les gratouille du côté de Port-au-Prince. Pourquoi le Blanc riche ne paierait-il pas pour tout le malheur dans lequel il nous a mis?

Le problème, c’est que le moindre tribunal rirait au nez d’une telle demande. Laquelle d’ailleurs n’était en fait destinée qu’aux journalistes de Miami, New York et Montréal, et n’a été déposée en bonne et due forme –et pour cause – devant aucun tribunal compétent.

La première question qu’aurait posé le tribunal serait la suivante : Qui accuse qui ? L’Etat haïtien attaque-t-il l’Etat français au sujet des sommes versées au XIX° siècle dans le cadre d’un traité ? Bien, l’argument est-il que le traité a été signé sous la contrainte ? Mais c’est le cas de la plupart des traités, ils ont même été faits pour ça : obtenir des engagements dans le cadre d’un texte, pour mettre fin à un rapport de force. En l’occurrence il s’agissait de permettre la reconnaissance de la république d’Haïti en droit international ce qui lui permettait de commercer. Avant ce traité, Haïti n’était en droit international qu’un territoire occupée par des rebelles. L’ancien colonisateur a donc « dealé » une indemnité - qui fut payée en près de 40 ans – pour dédommager les colons français dont les biens avaient été pris par les insurgés haïtiens, contre la fin d’un ostracisme diplomatique. Ce traité coûtait cher, et on peut le trouver historiquement injuste, mais il rapportait plus qu’il ne coûtait.

Est-ce bien sur ce traité que les aristidiens voulaient revenir ? Mais on n’a jamais vu un traité invalidé par un quelconque tribunal supérieur, qui resterait d’ailleurs à inventer. Sur quel droit se fonderait-il ? Encore sur la pauvre Bible?

Par un amalgame très intéressé, on essaie de faire croire qu’il s’agissait aussi d’obtenir des réparations pour l’esclavage. Idée généreuse et sans doute fondée historiquement, mais cela n’a rien à voir avec la demande précédente. Là encore, c’est qui contre qui ? Who sues who ? Ce ne peut pas être l’Etat haïtien, qui n’existait évidemment pas à l’époque, contre l’Etat français, qui n’était pas – en tant qu’Etat – trafiquant d’esclaves. Des individus privés français, et pas seulement français, ont été trafiquants d’esclaves. Et leurs victimes ont été elles aussi des individus privés. Mais il n’y a justement jamais eu d’Etat-esclave, puisque précisément il s’est construit par son abolition. Il y a là une confusion ridicule, mais sans doute volontaire, entre le droit pénal et le droit public. Si les familles émigrées au Canada des victimes des chimères voulaient faire juger Aristide, comment s’y prendraient-elles ? Pas en demandant que l’Etat haïtien verse une indemnité à l’Etat canadien.

C’est pourtant ce type d’amalgame auquel se livrent les aristidiens.

S’il s’agit d’obtenir de l’argent de l’Europe et de la France, il y a d’autres moyens de s’y prendre qu’en baragouinant un droit de pacotille entaché d’une vision romantique de l’histoire.
Et je décline au nom de ceux qui s'y associent ce statut d'ancien esclave, érigé en profession, indemnisé ad vitam aeternam par le monde entier.


Mag MagPeriod
Paris, le 31 mars 2004

JE ME SOUVIENS......

Je me souviens des rires des jeunes gens. Un jour j'ai demandé à maman pourquoi les autres riaient quand l'un parlait. Je me souviens qu'elle m'a répondu que c'était parce qu'ils étaient jeunes. Je me souviens avoir pensé que j'aimais les jeunes. Je me souviens que leurs dents me plaisaient. Je me souviens qu'ils ouvraient grand la bouche en riant aux éclats. Je me souviens que ce qu'ils disaient ne me paraissait jamais d'en mériter autant.

Je me souviens des longues soirées de mon enfance. Je me souviens qu’enfant je savais déjà que j’aimerais toujours ces soirées-là.

Je me souviens des cours du soir de maman. Je me souviens des élèves qui les fréquentaient. Leur parent étaient souvent des amis de la famille. Ils restaient bavarder longtemps après les cours.

Je me souviens des noms de familles qui ne sont plus d’Haiti, comme moi. Je me souviens que ces noms ont berçé mon enfance. Les noms des amis de mes parents. Certains étaient des alliés, ou des cousins plus ou moins proches. Je me souviens des Ledan, des Gatreaux, des Holly, je me souviens des Turnier, de Elsie Turnier l’amie d’Armande ma soeur, des Holly, de Jacques Holly, des St-Macary, de St-Macary, des Casimir, je me souviens de Mimose Casimir, je me souviens de notre dentiste le docteur Loulou Ethéard, je me souviens des Mallary ,je me souviens des Salgado, de mon pédiatre le docteur Antoine Salgado dit Tony Salgado, je me souviens qu’il me donnait des bonbons pour me piquer, je me souviens qu’il souriait et était rassurant avec la petite fille malade que j’étais. Les enfants malades, appelés à aller souvent chez le médecin finissent par la force des choses par se durcir et être moins effrayés par la médecine et les hôpitaux.

Je me souviens des Rousseau, de Ti Chine Rousseau (l’ami de mon frère Jacques, eh oui j’en ai un,) et de sa sœur Andrée Rousseau, je me souviens des Bouchereau, je me souviens de Bob Bouchereau l’ami de mon frère Jacques avec Ti-Chine il étaient en classe chez Georges-Marc, je me souviens de sa sœur Mireille, elle était belle, elle était gaie, je me souviens que maman aimait beaucoup Mireille Bouchereau, je me souviens que tout le monde à la maison aimait Mireille Boucherau elle avait une joie communicative, je me souviens que j’étais amoureuse de Bob Bouchereau.

Je me souviens que je n'aimais pas que maman s'absente. Je me souviens que j'avais peur qu'elle ne revienne pas. Je me souviens que Jeanjean mon frère et moi nous baissions notre culotte et, écartant nos fesses, montrions notre anus à ceux qui nous embêtaient. Je me souviens qu'un jour Armande, ma grande soeur, m'a rattrapée et fessée parce que je lui avais montré mon anus. Je me souviens lui avoir dit que je le répéterais à maman. Je me souviens que JeanJean et moi étions particulièrement agaçants quand maman était sortie.

Je me souviens des Tribunes du Champs-de-Mars, en face du Rex-Théâtre. Je me souviens que maman avait trouvé « odieux » qu’on les détruise. Papa disait que ce "nétait pas sérieux". Il arpentait la galerie en répétant:"Komabo! Sa moun yo ap fè la?" Je me souviens de ma peine de voir partir les vielles tribunes. Je me souviens du cinéma Le Palace et de l'eau qui l'envahissait quand il pleuvait. C'est là que j'ai vu "Vingt mille lieux sous les mers".

Je me souviens du Jazz-des-Jeunes, de ses morceaux que mon frère chantait tout le temps. Je me souviens de leur chanson « En dansant à Djumballah ». Leur saxophoniste s'appelait St-Aude me disait mon frère. Mon frère me disait que le batteur du Jazz-des-Jeunes jouait avec une partition. Je me souviens que cela m'impressionnait.

Je me souviens de l’air qui annonçait les faire-parts funéraires à la radio. Je me souviens de « La station des vedettes, la vedette des stations, Radio-Haïti ».

Je me souviens de la marchande de pâtés qui nous vendait des pâtés tous les matins. Je me souviens qu'elle avait de longues conversations avec maman. Je me souviens qu'elle était douce et gentille. Ces pâtés n'en étaient que meilleurs. J'aimais les gros pâtés à 25cts. Je me souviens que j'avais du mal à en achever même un seul.


Je me souviens de mes bottines roses à grelots.

Je me souviens de l'orchestre de Raoul Guillaume, de "Sa ki pa konnen tiFéfé", de "Le Football est un jeu d'association", de "Sur un chemin montant sablonneux, mal-aisé," la fable de La Fontaine qu'ils chantaient. Je me souviens de la chanson "M'travay anpil lajanm fini ki jan poum fè pou mal nan péyim". Je me souviens qu'elle me donnait envie de pleurer. Je me souviens de la chanson "Aucun homme n'a été comme moi affligé de ton dernier baiser" Je me souviens que cette chanson me troublait et que je me demandais combien d'hommes avaient reçu le dernier baiser.


Je me souviens de sa mère Mme Colon -de Jacmel- c’était une vieille dame très attachante. Elle habitait près du Sacré-Coeur, entre le salon funéraire l'Ange Bleu et chez les Baker. J'aimais beaucoup Mme Colon: elle ne me parlait pas comme à une enfant, je me souviens que nous discutions de (presque) tout, je me souviens que madame Colon était toujours souriante. Je me souviens des Rameau, je me souviens des Lavallière, c’était des parents de maman, je me souviens avoir vu partir tout ce monde et mes parents n’ont plus reçu personne, enfin presque…

Je me souviens que ma tante Titi écoutait tout le temps du Jazz et de la chanson française. Je me souviens de Lucienne Delisle, de Lucienne Boyer, de Germaine Montero, d'Edith Piaf, de Patachou. Je me souviens que j'ai toujours aimé la chanson "Milord". Je me souviens que je trouvais la femme gentille de vouloir consoler l'homme, tous les hommes. Je me souviens que je me disais que je serais comme elle.

Je me souviens de ma première institutrice, Jacqueline Ajax, de mon premier amour quatre ans Jean-Bernard Gébara. Je me souviens d'un autre garçon dans la classe de 12ème chez Georges-Marc il me faisait peur parce qu'il mangeait ses crottes de nez.

Je me souviens de Dany et Poupette Morilas, les filles de Dominique Morilas. Je me souviens que Dominique "dépensait tout son argent à la borlette" d'après maman. Je me souviens qu'ils sont partis très tôt, je n'avais pas encore quitté l'impasse Gardère . Je me souviens que je n’apprenais pas mes leçons à haute voix. Je les lisais « dans mon coeur » Je me souviens que, Dominique Morilas, m’avait trouvée "très intelligente" à cause de cela.

Je me souviens qu'un jour j'ai dit que le 48 sortirait à la borlette. Il "a fait" premier lot. Marie-Carmelle est rentrée du marché en disant "Tite te di sa wi. Tite te bay li wi". Je me souviens que Dominique Morilas m'attribuant un don m'a contrainte à lui donner des numéros comme ça, de tête. Je me souviens que maman lui disait "Laisse donc l'enfant tranquille". Je me souviens qu'après il n'était pas content parce qu'il avait perdu beaucoup d'argent à ma borlette "à cause de moi" disait-il. J'avais honte. Je n'avais aucun don. Le 48 était une pure coïncidence. D'ailleurs j'aurais mieux fait de me taire ce jour-là. Je me souviens qu'il ne m'en a pas voulu longtemps. Il avait une énorme chevrolet bleu ciel.

Je me souviens de la construction du Pont St-Géreau, avant il n'y avait qu'une passerelle que j'empruntais pour aller à l'école de Carmen Sylvie à l'Avenue N. Je me souviens de l'interdiction qui nous était faite, à nous les enfants de traverser le Corridor Bois-de-Chêne. Je me souviens que l'on ne nous a jamais dit pourquoi. Je me souviens que le Bois-de-Chêne me fascinait mais que je n'y suis jamais allée qu'une fois devenue grande, le corridor s'était changé alors en ruelle modeste certes mais respectable.

Je me souviens que nous habitions à l'Impasse Gardère entre les Large, et les Rivière, en face des Liauteaud (que des garçons), je me souviens de Gaby Liautaud, de Arnaud Liautaud. Un jour je l'ai vu tombé d'un arbre et il s'est cassé la tête. Mama disait que cela aurait pu être irrémédiable. Je me souviens des Villefranche. Qui eux habitaient près des Gatreaux, un peu plus loin étaient les Dupiton, presqu'à l'angle il y avait les Liautaud (que des filles) et les Doucet. Je me souviens que les Dupiton étaient si grands que je croyais qu’ils pouvaient toucher le ciel.

Je me souviens que je n’aimais pas le café trop clair que l’on servait aux enfants. Je me souviens que ma grand-mère Alice me faisait des infusions à la place.

Je me souviens de la pratique de lait qui venait nous en livrer le matin. Je me souviens que j’aimais le lait caillé. Je me souviens que j'aimais la crème du lait de vache bouilli. Je me souviens qu'un jour ma grand-mère a trouvé un petit anolis dans son godet. Je me souviens qu'elle cela ne l'avait pas effrayée.


Je me souviens des programmes de musique yé-yé. Dick Rivers chantant « Demande-lui oh oui baby John, demande-lui si je peux encore l’aimer » ou "Sarah-Jane". Je me souviens de la chanson "These foolish things". Je me souviens de l'émission "Salut les copains!".

Je me souviens de la chanson d’Eddy Mitchell "Une fille si belle". Je me souviens de la chanson "Papa vient d’épouser la bonne" et de celle dont se souvient Pérec "Papa, Maman, la bonne et moi on a une voiture qui ne marche pas".

Je me souviens qu’au dos des revues Historia, il y avait le slogan « Je n’ai qu’un regret, c’est de n’avoir pas connu plus tôt l’Histoire universelle » Je me souviens que je pensais qu’il s’agissait d’un film.

Je me souviens du film « Le prince esclave » Je me souviens de "Quatre balles pour Joe", de "Pour qui sonne le glas". Je me souviens de "Aimez-vous Brahms?" Je me souviens des "Canons de Navarone" Je me souviens de matinées enfantines du Rex Théatre, à 50cts. Je me souviens du Café Napoli, du Rex Café aussi.


Je me souviens des énormes cylindrées américaines -8 chevaux- qui faisaient « goudougoudougoudougoudougoudougoudou » en roulant.

Je me souviens de Alfredo, le jeune Alfredo âgé de 24 ans –Dieu! Qu'Alfredo était beau!- qui se marie samedi avec Brigitte Bardot. La semaine prochaine c'était Gina Lollobrigida qu'il épousait. Et la suivante encore c'était au tour de Maya Casabianca d'être la femme d'Alfredo. Je me souviens qu'il était beau Alfredo. Je me souviens que j'était amoureuse en secret d'Alfredo mais que je n'osais le dire à mon frère parce que Jeanjean et Marie-Carmelle riaient quand Alfredo passait.


Je me souviens des promenades du dimanche soir au Bicentenaire, de la fontaine lumineuse, je me souviens qu'un soir Jeanjean s'est perdu. Quand on l'a retrouvé enfin, il riait, et moi je pleurais parce que j'avais peur de ne plus retrouver mon frère.

Je me souviens que ma cousine Anne-Marie se moquait de la forme de mon nez. Elle riait en disant qu’il ressemble au capot des voitures américaines que l’on voit dans le cinéma des années 50. (w ta di devan oto nan cinema)

Je me souviens du cantique "Le voici l’agneau si doux, le vrai pain des anges". Ma tante Liné, dite Tante Titi, le chantait à toutes premières communions.

Je me souviens de leçons de piano de mes sœurs. Je me souviens du jour où Maman a du se séparer du piano à queue. Je me souviens de Jacky Duroseau, de Solon Menos.

Je me souviens des rondes d'enfants le soir. J'aimais entendre jouer les enfants au loin le soir. Je me souviens que les cric-crac de Marie-Carmelle ou de Laurette nous effrayaient mais nous les réclamions. Je me souviens que JeanJean aimait les histoires de Bouki et de tiMalice, moi je préférais Tézin mon ami, et d'un autre conte où l'on chantait "Kayman dodo, kayman men mamanw vini".

Je me souviens du carnaval où Irmis ma tante, dite Tatis, m'avait déguisée en Japonaise. Jean-René mon frère était en mousquetaire. Je me souviens que l'on regardait le défilé debout sur une énorme chevrolet de 58. Je me souviens que tout est énorme quand on a 6 six ans. Je me souviens que les bandes "Otofonic" et "Diabololo" me faisaient peur. Que je préférais Nemours ET Circot, malgré qu'il fallait choisir son camp. Lorsque "Cadence en pas" ouvrait le défilé, "Compas direct" le fermait. Et inversement. C'était une mesure de précaution de la Mairie de Port-au-Prince, pour éviter qu'ils se rencontrent et se castagnent. Les groupes faisaient exprès de s'attendre aux extrémités et la castagne avait quand même lieu. Je me souviens que cela pouvait être sanglant. Je me souviens que la police tapait sur ceux qui se battaient. Le carnaval s'arrêtait là pour nous, les enfants; ma tante, voulant nous cacher un spectacle violent, nous ramenait à la maison. Je me souviens que j'aimais mieux voir passer le carnaval du balcon de tante Titi à la rue Capois. Je me souviens d'Angel-et-Raphaël, drag-queens avant la lettre. Il y avait aussi les énormes têtes –oh Dieu- que les chars me semblaient beaux. Je me souviens que Marie-Carmelle, notre bonne et Jeanjean étaient pour les Quatre-Couleurs de Circot, et qu'ils m'obligeaient à choisir Compas Direct. Je me souviens de la danseuse "Ti Simone" et du refrain "TiSimòn koté w te ye, se nan jet-la mte ye". Je me souviens de "Gade yon peyi, m'fè sam pito". Je me souviens qu'il fallait se retourner les poches pour montrer qu'elles étaient vides.

Je me souviens que JeanJean et moi suçions le sucre de tous les comprimés dragéifiés de l’armoire à pharmacie et les remettions ensuite dans leur tube. Nous faisions de même avec les fleurs, jusqu'à écoeurement. Je me souviens que nous passions notre temps, à écarquillés les yeux pour fixer le soleil, le plus longtemps possible. Je trouve le soleil vraiment gentil. Nous devrions avoir la cornée cramée.

Je me souviens que ma grand-mère Alice avait un énorme trousseau de clés. J'étais très impressionnée par tant de clefs.

Je me souviens que j’étais fascinée par la façon des grandes personnes de chercher dans le dictionnaire. Elles tournaient d’énormes paquets de pages en même temps, alors que moi je devais les tourner une à une, sous peine de rater mon mot. Je me souviens avoir voulu être vite une grande personne pour tourner comme elles les pages d'un dictionnaire.

Je me souviens des poèmes "Le facteur" et "La Nature" qu’apprenait mon frère. Je me souviens de ses livres de leçon de choses "Voici pourquoi, voici comment".

Je me souviens qu’avant le mot « JEAN » on disait "ABAKO" chez nous. Je me souviens de "Abako, manman kanson".

Je me souviens que les tailleurs de ma grand-mère étaient toujours en lin de la même couleur café très crème. Elle appelait cette couleur du "brabant". Brabant est un "nom-de-l'enfance" pour moi.

Je me souviens que papa lisait toujours Le Nouveau-Monde, Le Nouvelliste et le Matin chaque jour. Le slogan du Matin était "Si Le Matin le dit, c’est vrai". Je me souviens que Maman disait : "C'est beaucoup demander".

Je me souviens des amies de ma mère, Anne-Marie Peters, Odette Fonbrun, Lucie Paultre, Mme Louis Holly, Gisèle Rameau, Amédée Rousseau. Cette dernière était la mère d’Andrée Rousseau la petite amie de mon frère Jacques, qui était également le copain de Ti-Chine Rousseau, grand frère d’Andrée. Je me souviens des Khaleb Léïs, de Ernst Wilson, et de Bob Bouchereau, les meilleurs amis de mon frère Jacques -eh oui j'en ai un. Je me souviens que je n’avais que cinq ans et que les amis de mon frère de treize ans plus âgés, me troublaient. Je me souviens des Avin, de Ti-Guy Avin qui s’est suicidé, je me souviens que Jacques mon frère en a pleuré.

Je me souviens de Jacques Large un jour il est venu à la maison, la tête bandée: un voleur l’avait agressé, je me souviens qu’il avait une canne. Je me souviens des Vollel, qui lui ont succédé dans la grande maison rose de l'Impasse Gardère. Je me souviens des Villefranche, je me souviens des Fétières, du cousin de papa le docteur Antoine Fétières dit Tatane, je me souviens des Merlet, des Chéron, je me souviens des Talleyrand, je me souviens des Fonbrun, je me souviens des Colon, de Jeanne Colon fille de Mme Colon, cousine de Jacques Roumain, qui n’était pas mariée que je regardais en cachette en me demandant pourquoi elle n’était pas mariée la jolie Jeanne avec une si jolie voix.

Je me souviens que l’on appelait « tante » les proches amies de maman: tante Céline Talleyrand, c’était Mme Claude Préval, et tante Toutoune, c’était Christine Chéron, Mme Gustave Merlet. Elles étaient les marraines des mes frères. Leur maris étaient les parrains de mes frères.

Je me souviens des conversations sur la grève des étudiants en médecine sous Duvalier père. Je me souviens que l’on avait tant matraqué l’un d’entre eux que ses parents l’avais envoyé aux Etats-Unis pour récupérer sa colonne vertébrale.

Je me souviens que j’enviais les maisons de poupée et les meubles miniatures de ma voisine Gina Villefranche. Je me souviens qu’elle les amenait pour jouer avec moi parce que je n’avais pas le droit de traverser chez elle. Je me souviens que l'on ne me laissait jamais aller nulle part.


Je me souviens avoir mordu Jeanjean mon frère et avoir pleuré parce qu’il avait eu mal. Je me souviens qu’il s’est mis à rire en me voyant pleurer.

Je me souviens que j'aimais beaucoup le riz au lait et l'œuf aux citrons. Je me souviens que maman me faisait du riz au lait pour mon anniversaire. Maman ne cuisinait qu'à nos anniversaires. Chaque personne avait droit à son plat préféré. Je me souviens que ma grand-mère Alice faisait de l'œuf aux citrons. Je me souviendrai toujours de l'odeur et de la couleur de l'œuf aux citrons. Je me souviens que j'aimais beaucoup la soupe jiromon, et le bouillon tètkabrit. Je me souviens que le maïs me rendait malade. "Ca ne lui va pas" disait maman. Je me souviens des "tisannes kann" comme rafraîchissantes. De l'eau de laitue, du gooddrink à base de pelure d'ananas fermentée. Je me souviens de la crème au coco que préparait Corinne une voisine. Je garde sur la langue les petits bouts de poudre d'amour qu'elle y incorporait. Je me souviens que je n'aimais pas le pois Congo, mais le pois de France. Je n'aimais pas le pois noir, mais le pois rouge. Je me souviens que je n'aimais pas que l'on me donne trop de fèves, trop de graines de pois. Je me souviens que Jeanjean et moi nous attendions que Papa rentre pour nous faire manger, parce que Papa mangeait tout ce que nous n'aimions pas…surtout l'excédent de fèves.


Aujourd’hui encore ces noms sont pour moi des « madeleines » et rien que de les entendre me renvoit à cette Haiti, le soleil à travers le feuillage, la cloche du marchand de fresco, la musique de Charlie Parker écoutée par quelqu’un dans la grande maison, un « hééé, machté boutééé » crié par un homme dans la rue, le bruit du pilon des voisins, ma grand-mère ressortant inlassablement sa vie de son armoire, mes crises d’asthme, mon père refusant des contrats en Afrique parce qu’il « ne veut pas laisser le pays à Duvalier » (m pap kite peyi a pou Duvalye, disait-il) et le bonheur de savoir que ce sera toujours le bonheur.

Tite MagCartier
Jemesouviens@magdotcom.net

Tuesday, April 04, 2006

POUR EN FINIR AVEC CE MENSONGE

Aristide a accédé au pouvoir en 1991, après des élections considérées comme les premières démocratiques du pays par ses partisans et ceux qui faisaient confiance à sa robe de prêtre. Cette thèse a été relayée par des institutions internationales, régionales, et des organismes gouvernementaux. … Pour autant elle n’est pas partagée par l’intégralité de l’électorat.

Il n’est pas question pour nous de porter ici un jugement de valeur sur ces élections mais de relever une inexactitude historique due, pour beaucoup, à une méconnaissance de l’histoire politique du pays. Quand il ne s’agit pas pour d’autres, à l’intérieur comme à l’extérieur d’occulter la vérité.

Il faudrait rappeler qu’à la suite de l’assassinat des prisonniers du pénitencier national de Port-au-Prince et la furie de la population, le président Vilbrun Guillaume, réfugié à l’Ambassade de France, en a été extrait et lynché par la foule le 21 juillet 1915. La première occupation américaine a suivi l’énorme instabilité politique ayant culminé à ces évènements.

L’occupation allait être le théâtre de plusieurs violences. La capture, entre autres, et l’exécution, le 1er Février 1919, par les troupes américaines d’occupation, du légendaire résistant Charlemagne Péralte. Le 6 décembre 1929, les marines ouvraient le feu à Marchaterre sur un groupe de paysans, en tuant 5 ou 6 et en en blessant 20 autres. Cet assassinat intervenait après une grève des étudiants qui réclamaient la libération du pays.

Devant l’ampleur de l’agitation, deux commissions d’enquête du corps législatif sont venues enquêter sur la situation explosive régnant dans le pays. La résistance menaçant de déboucher sur une nouvelle effusion de sang, les commissions d’enquête ont préconisé la levée de l’occupation américaine moyennant la tenue d’élections libres dans le pays.

Et c’est sous le regard vigilant des occupants que des élections VRAIMENT démocratiques ont abouti en 1930 à la désignation d’un corps de députés et d’un sénat, qui à leur tour, ont choisi un président conformément à la constitution en vigueur alors sur le pays.

Cette démonstration de cohésion, de maturité, de mobilisation, de détermination, de nationalisme, d’organisation tant sur place qu’auprès de l’opinion publique américaine, a abouti aux fameuses élections démocratiques de 1930, sous la présidence provisoire et désintéressée d’Eugène Roy, successeur depuis le 21 avril 1930 de Louis Borno qui avait essayé de se succéder à lui-même, après deux mandats, au grand dam de la population.

Il est pour le moins ahurissant, après un tel modèle historique d’élections démocratiques, d’entendre répéter à l’envie que l’élection d’Aristide - comme nous l’avons connue a été la « première élection démocratique de l’histoire d’Haiti ».

Jusques à quand continuera-t-on à ignorer ou à déformer l’histoire politique d’Haïti ? Le pays étant en danger, la population haïtienne va-t-elle une fois de plus faire preuve de maturité, de cohésion, de détermination, de mobilisation, de nationalisme, d’organisation tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, pour une nouvelle élection démocratique qui constituera le début d’une ère de progrès pour le pays ?

9 AVRIL 2004 (édito d'ihaiti)

L'INTELLIGENCE D'UNE SITUATION

Quand j'entends quelqu'un exhorter un ancien militaire déserteur repenti à raconter par "devoir de mémoire" et pour la neuf cent millième fois dans l'histoire d'Haiti le drame des Vêpres Jérémiennes, je me demande quel cas il faudrait faire des massacres quotidiens actuels, perpétrés depuis 16 ans en toute impunité par les sbires à la solde du pouvoir lavalas.

De mon côté j'ai plusieurs fois condamné les exactions d'une armée ainsi que ses ingérences politiques inacceptables. Aussi, je me considère autorisée à dire que ce n'est plus le moment d'évoquer ces "vêpres" comme si la volonté inavouée était de minimiser les crimes actuels.

D'ailleurs on ne semble pas se rendre compte que la dimension accordée à ces vêpres est liée à la catégorie sociale des victimes. Les méfaits actuels s'étendant maintenant à toutes les catégories sociales.

Est-ce par aveuglément qu'on néglige ces données du problème? Ou par calcul délibéré?

Les vêpres ne sont pas "traumatisantes" PARCE QUE perpétrées par l'armée, alors que les horreurs commises par les "défavorisés des bidonvilles" mériteraient elles notre absolution, ou que nous détournions faussement pudiques, la tête.

Une horreur reste une horreur quel qu'en soit l'auteur. Une mort est déplorable quelle qu'en soit la victime. Et tricher est tricher quel qu'en soit le mobile.

10 Mai 2004

BIS REPETITA ...ENCORE ET ENCORE !

Les lois sont faites la plupart du temps, par ceux qui n'ont subi aucun préjudice. C'est le seul moyen qu'on a trouvé pour barrer la route à la vengeance qui peut s'avérer une seconde injustice. Ainsi quelle garantie à la société que le fils de Jules ne se vengera pas en lésant ou tuant le fils de Robert qui aurait profité de sa sœur.

Il s'avèrerait vite être une folie –certains diraient une bêtise- de laisser porter un jugement sur l'armée haïtienne par quelqu'un dont elle a tué le proche qui était dans l'opposition.

Parenthèse : Rappelons à ce sujet que les fonctions de police étaient exercées par une partie de l'armée. C'est donc à la police de l'époque –telle qu'elle était organisée - qu'il faudrait s'en prendre. Dès lors pourquoi ne pas prôner l'absence de police tout court? Les gangs que -l'autre s'apprêtait à recevoir au Palais National- assureront le nouvel ordre.

Il est normal dans tout régime qu'il y ait des opposants. Il est normal qu'ils agissent. Il est normal qu'un gouvernement se défendre….en restant dans la légalité comme d'ailleurs en Angleterre ou en France. Il faut cependant ne pas perdre de vue qu'en Haïti – comme dans d'autres pays pourris- l'opposition doit faire face à beaucoup de dangers. Celui qui s'engage dans l'opposition en fonction de ses idéaux sait – à moins d'être un "bèkèkè" – qu'il risque à tout moment de tomber dans les mains d'une police vengeresse et de faire les frais de son penchant chatouilleux et répressif. Cela peut aller des taloches à la mort en passant par l'exil.

A ce sujet, les opposants à lavalas sont-ils vivants? Après qu'il a détruit l'armée, Aristide déjeunait-il tous les matins avec ses opposants pour leur exposer courtoisement ses points de vue? Tout le monde sait qu'on les retrouvait refroidis mutilés ou suppliciés au père Lebrun ou mieux encore empoisonnés et se mourant du même cancer de l'estomac...

Ce n'est pas le décès d'un proche bien-aimé –antérieur à la période Aristide- qui fait qu'on appuie une mesure lavalas. C'est l'attraction personnelle de certains pour cette pseudo idéologie qui est en cause, lors même qu'on affecte d'en détester le père.

Bon nombre de lavalas populistes, rétrogrades, noiristes-antédiluviens, obscurantistes, révisionnistes, clament un dégoût d'Aristide quand chacune de leurs prises de position soutient des décisions prises par lui. Comme si ces gens quelque soit leur âge avaient attendu Aristide pour acquérir un semblant de conscience sociale. Ou -qui sait?- de conscience tout court.

Nous vivons des temps graves historiquement où il faut des choix clairs, des prises de position nettes. En Haïti ou à l'extérieur, tous ceux qui se croient à l'heure des atermoiements, de la "juste mesure" ou "des deux sons de cloches" renforcent le clan des lavalassiens.

Je préfère encore quelqu'un qui n'est plus lavalas à celui qui prétend de nos jours se tenir à égale distance. Le premier est sorti de la vase, l'autre y est déjà à "à l'insu de son plein gré*" ou en subit l'attraction.

*emprunté aux Guignols de l'Info.

8 JANVIER 2005 (édito de ihaiti)

Tuesday, March 07, 2006

1991 - HAITI: UN EMBARGO TRANQUILLE

Indifférence et unanimité: l'idée d'un durcissement du blocus d'Haïti pour accélérer le retour du président Aristide semble s’inscrire dans le droit fil de la nouvelle politique d’ingérence humanitaire. Par bien des aspects, cet embargo est pourtant un crime tranquille, dont l'examen froid et attentif devrait passionner ceux qui ne prennent pas pour argent comptant les discours américains sur le "nouvel ordre mondial".

Dans un pays comme le mien, le blocage des flux d'échanges internationaux, commencé voici (deux ans?) et qu'il s'agirait aujourd'hui de durcir touche en priorité cette vague classe moyenne, dont on sait la constitution si précieuse pour un pays en voie de développement. Le paysan haïtien, s'il souffre des restrictions dans les transports notamment, et pour certains engrais, peut supporter tant bien que mal la pénurie de biens industriels et n'est qu'un usager très modéré des services urbains. A l'autre extrémité de la société, la très mince couche de privilégiés, souvent double-nationaux, Américains, Français ou Canadiens, dispose de maints moyens pour s'adapter à cette nouvelle situation, à commencer par l'usage des transports aériens. Entre les deux, commerçants, médecins, intellectuels, fonctionnaires des services publics, salariés de Port-au-Prince, tous prennent de plein fouet cet embargo. Combien de vies humaines a-t-il déjà coûté dans des hôpitaux qui manquent de tout? Est-ce là le nouveau visage de la politique des "droits de l'homme"?

Cette "real politik" humanitaire est certes au service d'une idée forte, le retour au pouvoir d'un dirigeant démocratiquement élu. Mais quelles contradictions dans les moyens utilisés! Le dirigeant démocratique demandant un blocus dont sera victime son propre peuple. Un pouvoir non-démocratique que l'on tente de convaincre en le rendant témoin de la misère qui s'aggrave par le fait d'une décision internationale. Le croit-on donc sensible à cette misère?

A-t-on déjà vu un gouvernement abdiquer au nom d'un peuple affamé? De même qu’un peuple au ventre vide et la main tendue n'a jamais trouvé la force d'affronter les mitraillettes pour renverser un dirigeant ..."embargué". C’est que le droit à l'ingérence ne se retrouve pas vraiment dans l'embargo tel que pratiqué. Au compte-gouttes les vivres, les médicaments et la mort lente et sûre d'une population, que ses dirigeants saignaient déjà sans doute, mais qui se retrouve avec l'embargo condamnée à l’humiliante attente d’une solution extérieure.

Ce qui se passe en Haïti est grave également pour le reste du monde.

Pris au piège de certaines promesses voyantes mais intenables, Bill Clinton a dû soutenir l'idée de tout mettre en oeuvre pour assurer le retour au pouvoir d'un homme qui n'avait pas ménagé les Américains dans la première partie de sa carrière. Et qui se trouve lui-même pris au piège de devoir désormais une part de sa légitimité politique à une intervention extérieure. Car telle est désormais, pour longtemps, la véritable ligne de partage entre les différents camps de la vie haïtienne. D'un côté ceux qui prônent une solution "nationale": de droite, régressive et répressive, fondée sur la religion et la paysannerie - c'était la politique de Duvalier père-, ou de gauche - celle d'Aristide première manière -, fondée sur le rejet des investissements internationaux et l'exaltation d'une "pureté" haïtienne, s'élevant en particulier contre le néocolonialisme de la coopération internationale. De l'autre côté, les partisans de l'ouverture, qui signifie n'en doutons pas, l'intégration dans l'orbite économique et culturelle américaine. Là encore cette position admet deux variantes, selon qu'elle met l'accent sur les aspects "formels", c'est-à-dire la démocratie et les droits de l'homme, ou sur les aspects économiques, liberté d'établissement des capitaux étrangers surtout, c'était la politique de Duvalier fils.

Le refuge américain d'Aristide l'a contraint à inverser sa position face à cette grande ligne de fracture qui traverse Haïti, ce qui peut produire le pire comme le meilleur. Le pire s'il ne représente plus rien que la prolongation de son propre pouvoir, où il retrouvera la pesanteur terrible de la répression comme seul instrument durable, spirale qu'il a déjà connue à la veille de son départ forcé. Un Aristide soutenu par les Américains et une fraction des grands commerçants pourra-t-il toujours enflammer les foules des bidonvilles? A l'inverse, le meilleur est possible si une synthèse s'opère entre ces deux tendances qui travaillent Haïti, celle de la tradition et celle de l'ouverture. Mais toujours il restera que c'est l'Amérique qui a transformé le président, et que son retour n'aura été possible que par cette épreuve injuste de plus infligée à ceux au nom de qui on se bat.

Mais reviendra-t-il? Et si non, le collapsus de la société haïtienne sera-t-il le prix de la bonne conscience américaine et internationale?



Margaret Cartier
1993

Saturday, March 04, 2006

COME ET DAMIEN

pour Gérald K.
-T'as beau leur dire que ça se prononce KAUM, ils continuent à t'appeler "Comme".

-C'est à cause de la "Comme-Il-Faut* sans doute.

-Tu dois avoir raison.

-Tu as vu ton amoureuse aujourd'hui? Elle a quel âge au fait?

-Sais pas. Deux ou trois ans de moins que moi, donc 10-11 ans. Elle était jolie d'ailleurs ce matin. Tu sais quoi? Je lui ai donné mon crayon Totally Spies*, je vais me faire gronder par maman. Elle vérifie toujours si je ramène tout de l'école, comme si j'avais toujours 5 ans.

-De toute façon c'est pour les filles ce genre de trucs … Mais pourquoi tu t'es cru obligé de le lui laisser? Est-ce parce que c'est la St-Valentin demain?

-Non mais j'aimerais bien t'y voir. Elle n'avait pas de quoi écrire. Je n'allais quand même pas lui passer le crayon tout cassé et mâchouillé que j'avais.

-Tu as bien fait. Il y a des gens qui te donnent leurs déchets et qui attendent ton éternelle reconnaissance à en plus. Alors que tu n'as rien demandé.

-Ah oui….Nous-vous-devons-une-reconnaissance-éternelle*, tu te souviens?…. Ma mère dit tout le temps qu'il ne faut pas obliger les gens contre leur gré. Je ne comprends pas très bien.

-Je pense que ça signifie qu'il ne faut pas donner à celui qui n'a pas envie de recevoir de toi. D'ailleurs il y a des gens qui ne supportent pas de recevoir. Même s'ils donnent volontiers.

-C'est une forme d'orgueil en fait, quand tu regardes bien. Ils veulent bien faire des autres leurs obligés, mais eux considèrent qu'ils te doivent même si tu leur dis "Bonjour".

-Eh bien ils n'ont qu'à te répondre et ce sera réglé.

-C'est ça le hic, ils ne répondent même pas. Ils n'acceptent pas même ton bonjour.

Côme et Damien éclatent de rire.

-Tu sais qui a inventé la pénicilline? dit Damien en tendant un feuille imprimée à Côme.

Celui-ci lit….

Un pauvre fermier écossais ...

Il s'appelait Fleming, c'était un pauvre fermier écossais. Un jour, alors qu'il tentait de gagner la vie de sa famille, il entendit un appel au secours provenant d'un marécage proche. Il laissa tomber ses outils, y courut et y trouva un jeune garçon enfoncé jusqu'à la taille dans le marécage, apeuré, criant et cherchant à se libérer.

Le fermier sauva le jeune homme de ce qui aurait pu être une mort lente et cruelle.

Le lendemain, un attelage élégant se présenta à la ferme. Un noble, élégamment vêtu, en sortit et se présenta comme étant le père du garçon que le fermier avait aidé.
"Je veux vous récompenser", dit le noble. "Vous avez sauvé la vie de mon fils". "Non, je ne peux accepter de paiement pour ce que j'ai fait", répondit le fermier écossais.

A ce moment, le fils du fermier vint à la porte de la cabane. "C'est votre fils" demanda le noble? "Oui", répondit fièrement le fermier. "Je vous propose un marché. Permettez-moi d'offrir à votre fils la même éducation qu'à mon fils. Si le fils ressemble au père, je suis sûr qu'il sera un homme duquel tous deux nous seront fiers". Et le fermier accepta.

Le fils du fermier Fleming suivit les cours des meilleures écoles et au final, fut diplômé de l'Ecole de Médecine de l'Hôpital Sainte Marie de Londres. Il continua jusqu'à être connu du monde entier. Le fameux Dr Alexander Fleming avait en effet découvert la pénicilline.

Des années plus tard, le fils du même noble qui avait été sauvé du marécage avait une pneumonie. Qui lui sauva la vie cette fois ?...La pénicilline. Comment s'appelait le noble ? Sir Randolph Churchill. Son fils ? Sir Winston Churchill.

-Brrrrrrr! J'en ai la chair de poule! Où as-tu dégotté ça?

-Sur Internet, un petit site génial, marrant comme tout. C'est une femme qui le tient. Tu fais www.chm.be .
-……
-Crois-tu que je suis bizarre, je m'intéresse beaucoup aux choses de femmes. J'aime bien comment elles pensent.

-Tu veux savoir si tu es homo, "en secret" ?

-… Rires

-Ma grande sœur me dit que les hommes qui savent comment fonctionne la mécanique féminine sont les meilleurs, les plus accomplis.

-Mécanique féminine? Ca me plait, ça. Je vais le caser à la première occase
.
-Elle dit aussi que toi et moi on n'est pas mal pour des garçons de 14 ans.

-Oh la! Mais je ne peux pas laisser dire ça! Même avant nous n'étions pas mal. Je me rappelle de nos conversations à huit ans. J'ai l'impression que je penserai comme ça même à cinquante ans.

-A cinquante ans on sera mort.

-Tu veux jouer c'est l'âge de mon père. C'est pas si vieux.

-Il a beaucoup de mal avec son café Papa. Les prix n'ont jamais été aussi bas, et il dit qu'on a tué le plus honnête de ses associés. Un mec bien, dit Papa.

-Gérald K.?

-Oui. Ton histoire de Fleming me fait penser à lui. Maman dit toujours qu'on ne peut pas compter les orphelins de Jacmel* qui n'iront plus à l'école maintenant qu'il est mort. Il paraît qu'il payait l'éducation de beaucoup d'enfants… qui ne sont pas les siens d'ailleurs. Et quand on parle d'éducation, cela signifie, baptême, première communion, maladie, fêtes de fin d'année, c'est extraordinaire. Normal et extraordinaire.

-Il y en a beaucoup qui font comme ça. Ce pays n'a aucune structure, mais il y a un nombre incalculable de gens qui prennent soin des moins nantis. Evidemment ils ne vont pas s'en vanter. Mais ils sont nombreux, disent ceux qui les connaissent.

- Ma sœur m'a dit qu'à l'enterrement de Gérald K. il y avait tout ce que la ville compte de grands et de petits. Elle m'a dit que même des cireurs de bottes, des marchands de fresko* sont rentrés à l'église pour saluer sa dépouille. Quand je serai grand je veux que tout le monde m'aime comme cet homme. Je veux être quelqu'un de bien, de libre, de bon.

-D'accord mais soit d'abord quelqu'un de fort et puissant. Tout le reste viendra après. Quand tu es fort et puissant, tu peux te payer d'être quelqu'un de bien, de bon. Autrement on te croira faible.

-T'as raison en plus.

-Ben ça tu vois, je sais que ce n'est pas mal de penser cela à 14 ans. Non dis à ta grande sœur que nous sommes, -que je suis- un garçon bien. D'ailleurs si elle veut m'attendre pour se remarier…..

-…. rires

Mag MagCartier
Paris, avril 2003

*"Nous-vous-devons-une-reconnaissance-éternelle" obsession des petits êtres bleus dans le film...(j'ai oublié, j'attends le retour de Louis, je lui demanderai)

*Jacmel, ville dont GK est originaire.

DEMAIN, LA GLOIRE D'HAITI.....

A la mémoire d'Antoine et Georges Izméry

L'affrontement actuel pour l'élimination en Haiti d'un pouvoir incompétent, corrompu, criminel, considéré comme tel par l’essentiel de la « communauté internationale », suscite, c’est bien normal, des vocations de vertueux d'occasion. L’ennuyeux pour eux, devant le jugement moral des hommes et, s’ils y croient, de Dieu, c’est qu’ils se dressent aujourd’hui contre ceux-là même avec qui ils partageraient, il n’y a pas longtemps, une communauté de situation.

La comédie est classique, et tragique. La Russie l’a connue, sous Eltsine, la majeure partie de l’Europe, à la fin de l’occupation allemande, il n’y a pas plus radical dans la dénonciation qu’un traître qui veut se refaire une virginité.


Qui sait si un actuel censeur, ex-chef d'entreprise, n'a pas choisi la solution facile, à sa portée, de disparaître de la scène locale, de se réfugier à l'extérieur, abandonnant à leur sort tous ceux dont il avait charge d'âme. Alors qu'il aurait été plus courageux de lutter sur place, d'essayer de survivre coûte que coûte. Le manque de courage est humain, trop humain, et au fond pardonnable, c’est un des enseignements les plus novateurs du Christ. Pourtant, la fin des heures sombres venue, le manque de courage devrait avoir la bonne idée d’épouser la décence, cette bonne fille. Mais en Haïti, on dirait qu’elle ne tend qu’à courtiser l’arrogance.

Ainsi nul ne peut savoir, par exemple, quel a été le cas de conscience du directeur de firme ayant construit le bagne de Tasnanart pour le roi du Maroc. Pas de chance pour lui, le nouveau roi ne ressemblait pas à son père. Et chez nous, quand un nouveau pouvoir sera là ? Résisterons-nous à la tentation de ne voir que des salauds et des braves, des victimes et des bourreaux, des tout-sales et des tout-propres. A quoi servira-t-il, pour reconstruire le pays, d’assimiler tout ce qui est clair au sale et tout ce qui est noir au propre, évoquant sans aucune pudeur, un soit-disant apartheid en Haiti ?

Dans cette optique dès qu'un membre de la bourgeoisie claire veut faire quelque chose d'humain, de progressiste pour tout le pays, certains, pas tous fort heureusement, certains donc de ses pairs menacent de le laisser choir, ou le font tout bonnement.

Les frères Izméry, les Gérald Khawly ne sont pas légions. Georges a été liquidé par erreur, parce que confondu avec son frère lui-même créancier de l'occupant du pays, le chef suprême des gangs qui terrorisent la population. Puis il a fait tuer Antoine parce que c'était le bon. - Que tous deux reposent dans la paix de Dieu -. Et après on érige des sculptures malsaines devant le Sacré-Cœur. Mais il n'est pas rare que dans l'histoire et la vie d'Haiti les Haïtiens d'origine "syrienne" aient une attitude républicaine et citoyenne que certains, dont l'arbre généalogique remonte à la colonisation, seraient bien inspirés d'imiter….

Quant à GK, il a été éliminé parce qu'on lui reprochait de financer l'opposition. Que son âme repose en paix. Petits et grands étaient présents à ses funérailles au Sacré-Cœur… "Jusqu'au cireur de bottes" dixit ma sœur. Ce qui signifie qu'il y a encore dans ce pays un secteur d'esprits sains, intacts, fait de membres de toutes les couches sociales.

Qu’on n’oublie pas, demain, cette vérité démocratique et humaine : un pays est fait de tous, c’est même sa définition. Nous ne sommes pas très nombreux. Il n’y a pas « trop » de mulâtres, « trop » de chefs d’entreprises, « trop » de policiers, « trop » de médecins et de professeurs. Il n’y en a pas assez. Qu’Haïti apprenne à dire « plus », là où le futur ancien pouvoir ne savait dire que « moins ». Une terre d’additions, pas de soustractions.

Nous devons admettre que sommes un pays d’échantillons; nous n’avons rien en plusieurs exemplaires. André Apaid a déjà des gens qui lui disent " Yo pa t mande l pou tout bagay sa "(On ne lui en demande pas tant). Certains ne veulent pas entendre parler de "défavorisés"en Haiti parce que cela impliquerait qu’il y a des "favorisés". A la bonne heure ! Pourtant on utilise ce terme partout ailleurs, sans nulle levée de boucliers. On s'étonne après qu’une ânesse effraie quand elle braie sur commande.

A ce stade de la réflexion il convient d'apporter un redressement de nos réactions : Je pense qu’il faut bannir le dechoukaj, mais pourra-t-on l’empêcher partout? Certains des gens des bidonvilles ont leur propre justice qui n’est pas très conforme à la civilisation. On va dire qu’ils s’entr'-déchoujoukeront. C’est fatal. Pourtant, dans les bidonvilles comme ailleurs, le violence sera une blessure néfaste infligée par une minorité basse à une majorité faible. Comment faire pour que l’Haïti de demain soit la nouvelle alliance de nos faibles élites et de nos faibles majorités de bidonvilles ? Comment conjurer l’inverse, l’alliance d’élites cupides et culpabilisées avec les minorités violentes des bidonvilles ? Croire en l’avenir, et ne pas faire que croire : le bâtir.

Que faire aussi de ceux qui jouissent à 30 ans de millions de dollars dont les origines ne sont guère avouables? L'argent acquis " à la sueur de notre front" ne nous enrichit que fort tard. Et de plus à condition d'avoir fructifié dans de bons investissements, sur de bonnes valeurs boursières… Mais que gagnerions-nous à les faire partir ? Que gagnerions-nous de plus à les faire partir les pieds devant ?

De toute façon voir l'establishment exposer sur le net son linge sale ne nous rapporte rien. Construisons. Et construisons avec l’establishment, ni contre, ni sans. Mais « ni contre, ni sans », ça ne veut pas dire non plus « pour ». ça veut dire avec.

Tenez par exemple, il semblerait qu'un sommet obscur ait fixé le salaire d'un noir des classes moyennes à 250 dollars américains. Cela était encore valable il y a dix ans à peine, pour un jeune dessinateur industriel arrivant du Canada et voulant intégrer une grande boîte de pub. Déjà en 1994, $ 250 ne permettaient pas d'aller très loin. On ne construira pas de maison, pas davantage que l'on ne fera l'acquisition d'une voiture avec ça. On restera chez ses parents –après tout c'est la coutume- et si l'on rêve de 4X4, eh bien, on n'aura qu'à se faire dealer. Comment faire, concrètement, pour que ça change d’ici trois ans ? Et tant pis si ça en prend cinq, mais que ça aille dans la bonne direction.

Ce pouvoir est littéralement aux abois. Il n'a d'appui nulle part. Même les épouvantails des différents "Com" à la solde de la-chose, n'arriveront pas à inverser le mouvement de la Vie. Réprimer une manifestation avec mort d'homme la veille. Laisser une autre se dérouler paisiblement le lendemain. Re-réprimer la fois prochaine. Tout cela, ce sont les spasmes de la fin d’un régime. La chose partira avant son terme. Mais avant tout, et dès aujourd’hui, Haiti doit penser à l'après. Que tous préparent des idées intéressantes, progressistes, lumineuses sur l'avenir du pays. Il faut déjà bâtir le programme de l'après. Car nous avons du pain sur toutes les planches, en même temps et pour longtemps.

Mag MagCartier
Paris le 3 Février 2004

Tuesday, February 21, 2006

MOTS DE LOUIS/Ces enfants qui nous mettent au monde

Samedi 18 Février 2006

Nous avons des amis à la maison, Louis a tenu le temps qu'il pouvait. Tombant de sommeil, il monte enfin se coucher. Dans son lit, il me tend les bras

-Maman, fais-moi un gros câlin, encore plus gros que ton ego.


End of the story

Louis 10 ans

Tuesday, January 10, 2006

TO HAVE BEING

We want to be who has, and be because we have, and be only by what we have. Itis rather vain, because in reality, we never have anything other than what weare. If we are nothing or not much, we only have what we are, that is almostnothing.

We can't truly be unless we know how to have, if we already have. If we believewe are only what we have, without caring for our manner of being and having sowe can give them their true value, I would say it is not worth it. Thealternative will only oscillate between emptiness and nothingness, because thevalue of being and of having result from their reciprocity and from this evenapplication that we put into being and having. Their perfect and unitiveharmony must be our goal. I'm getting there, God, very simply. Actively.

We are only as much as we are of the party of Him Who Is. It is a choice amongothers. We are only if we have on our side The One Who Himself is Life; having just that, having Him only, we have everything.

Margaret Cartier

AVOIR L' ETRE

On veut être qui a, et être parce qu’on a, et n’être que par ce qu’on a. Cela est assez vain, parce qu’en réalité on n’a jamais que ce qu’on est. Si l’on n’est rien ou pas grand-chose, on n’a que ce qu’on est, c’est-à-dire presque rien.

On ne peut vraiment être que lorsqu’on sait avoir, si déjà on a. Si on croit n’être que ce qu’on a, sans soigner sa manière d’être et d’avoir pour leur conférer une vraie valeur, on perd sa peine. L’alternative n’oscillera qu’entre vide ou néant. Parce que la valeur de l’être et de l’avoir résulte de leur réciprocité, et dans cette égale application que l’on met à être et à avoir. Leur harmonie parfaite, unitive, tel doit être le but. J’y arrive, Dieu, tout simplement. Activement.

On n’est qu’en étant du parti de Celui qui est. C’est un choix parmi d’autres. On n’est que si l’on a pour soi Celui qui Lui-même est la Vie ; et n’ayant que cela, n’ayant que Lui, on a tout.

Margaret Cartier

LES EGREGORES

On donne le nom d'Egrégore à une Force générée par un puissant courant spirituel et alimentée ensuite à intervalles réguliers selon un rythme en harmonie avec la Vie Universelle du Cosmos, ou à une réunion d'Entités unies par un caractère commun.

Dans l'Invisible, hors de la perception physique de l’Homme existent des êtres artificiels générés par la dévotion, l'enthousiasme, le fanatisme, qu'on nomme égrégores. Ce sont les âmes des grands courants spirituels, bons ou mauvais. L'Eglise mystique, la Jérusalem Céleste, le Corps du Christ et tous ces noms synonymes sont les qualificatifs qu'on donne communément à l'égrégore du Catholicisme. La Franc-Maçonnerie, le Protestantisme, l'Islam, le Bouddhisme sont des égrégores. Les grandes idéologies politiques en sont d'autres.

Intégrés psychiquement par l'initiation rituélique ou par l'adhésion intellectuelle à un de ces courants, l'affilié en deviendra une des cellules constitutives. Il augmentera la puissance de l'égrégore des qualités ou des défauts qu'il possède, et en échange, l'égrégore l'isolera des forces extérieures du monde physique, et renforcera de toute la force collective qu'il a emmagasinée auparavant les faibles moyens d'action de l'homme qui s'y rallie. Instinctivement, le langage populaire donne à un égrégore le nom de "cercle", exprimant ainsi intuitivement l'idée de circuit. Entre la cellule constitutive et l'égrégore, c'est-à-dire entre l'affilié et le groupe, s'établit alors une sorte de circulation psychique intérieure.

Ceci explique que des adversaires d'un concept quelconque étudiant l'origine, la nature, la vie de ce concept, finissent fréquemment par s'y rallier ou tout au moins par en épouser une partie de théories, même à leur insu. Ils se sont branchés sur un courant qui, s'il est plus puissant que celui auquel ils étaient primitivement liés, les déportera insensiblement hors de la route qu'ils s'imaginaient suivre. S'ils étaient libres de toute affiliation, l'action n'en sera que plus brutale et plus forte.

Cette règle est valable pour tous les grands courants d'idées : philosophiques, religieux, politiques.

Robert Ambelain, in La Kabbale Pratique

Tuesday, January 03, 2006

SALOME

Pour que sourie encore une fois Jean-Baptiste
Sire je danserais mieux que les séraphins
Ma mère dites-moi pourquoi vous êtes triste
En robe de comtesse à côté du Dauphin

Mon cœur battait battait très fort à sa parole
Quand je dansais dans le fenouil en écoutant
Et je brodais des lys sur une banderole
Destinée à flotter au bout de son bâton

Et pour qui voulez-vous qu'à présent je la brode
Son bâton refleurit sur les bords du Jourdain
Et sous les lys quand vos soldats ô roi Hérode
L'emmenèrent se sont flétris dans mon jardin

Venez tous avec moi là-bas sous les quinconces
Ne pleure pas ô joli fou du roi
Prends cette tête au lieu de ta marotte et danse
N'y touchez pas son front ma mère est déjà froid

Sire marchez devant trabants marchez derrière
Nous creuserons un trou et l'y enterrerons
Nous planterons des fleurs et danserons en rond
Jusqu'à l'heure où j'aurai perdu ma jarretière
Le roi sa tabatière
L'infante son rosaire

http://bananaspleen.free.fr/ ici sur Le blog des Nanas du Net, vous trouvez le texte de Miss Lorely sur Salomé -car j'aime Salomé- qui m'a donné envie de poster Apollinaire.

VIEILLE

C'est pour pouvoir enfin botter les fesses
A ces vieillards qui nous ont dit
Que nos vingt ans que notre jeunesse
Étaient le plus beau temps de la vie
C'est pour pouvoir enfin botter le cœur
A ceux qui nous volent nos nuits
Ces maladroits qui n'ont que leur ardeur
Croulants qui n'ont que leur ennui.

C'est pour cela jeunes gens
Qu'au fond de moi s'éveille
Le désir ardent
De devenir vieille

C'est pour pouvoir un jour enfin leur dire
A celles qui me jugent avec fureur
"Pauvres grognasses" c'est pour pouvoir vous dire
"Je vous pardonne votre laideu "
C'est pour pouvoir leur dire à ces matrones
Qui mille fois m'ont condamnée"
"Comment voulez-vous que l'on vous pardonne
Vous qui n'avez même pas péché "

C'est pour cela jeunes gens
Qu'au fond de moi s'éveille
Le désir ardent
De devenir vieille

C'est pour pouvoir au jardin de mon cœur
Ne soigner que mes souvenirs
Vienne le temps où femme peut s'attendrir
Et ne plus jalouser les fleurs
C'est pour pouvoir enfin chanter l'amour
Sur la cithare de la tendresse
Et pour qu'enfin on me fasse la cour
Pour d'autres causes que mes fesses

C'est pour cela jeunes gens
Qu'au fond de moi s'éveille
Le désir ardent
De devenir vieille

C'est pour pouvoir un jour oser lui dire
Que je n'ai bu qu'à sa santé
Que quand j'ai ri c'était de le voir rire
Que j'étais seule quand j'ai pleuré
C'est pour pouvoir enfin oser lui dire
Un soir en filant de la laine

Qu'en le trompant, mais ça, oserai-je le dire?

Je me suis bien trompée moi-même

C'est pour cela jeunes gens
Qu'au fond de moi s'éveille
Le désir ardent
DE DEVENIR VIEILLE !!!


Jacques Brel. (Paroles et Musique)

J'aime la "chose homme" quand elle est ainsi capable de saisir l'essence féminine. J'aime Jacques Brel. S'il m'avait rencontrée, il n'aurait pas chanté "et moi je ne suis pas beau" (La Fanette). Car Jacques Brel est un très bel homme. Du dehors comme du dedans. Mag.

L'AME D'UN PAYS

Toi qui nous parles d'Haïti, qui en es parti à 5 ans, tes parents t'ont-ils raconté leurs dimanches à Lulli. Et toi l'as-tu connu Ibo Beach? Avec son sable blanc et la mer turquoise?

As-tu vu répandre dans la nature au mois de juin les essaims des papillons de la Saint-Jean?

A 5 ans te mourrais-tu d'amour pour un jeune voisin de 11 onze?

Y as-tu regarder cueillir des cocos?

Etais-tu comme mon frère, amoureux de la fille de dentiste familial qui en avait 23, as-tu failli t'évanouir le jour où elle t'a serré sur son cœur?

As-tu eu des servantes qui te racontaient le soir de terrifiants et délicieux contes? As-tu connu la peur d'aller te mettre au lit dans le noir?

As-tu marché dans les rues ta menotte dans celle de Marie-Carmelle, la bonne d'enfant qui t'emmenait à la clinique du Dr Holly ou du Dr Salgado.

As-tu connu la rivière Froide, avant qu'on ne la tue?

Ton père t'y a-t-il prêté sa voiture que tu devais ramener dans 3 petites heures?

Y as-tu écouté les classiques des classiques tous les matins au réveil, parce "la musique classique polit votre écorce" dixit ma feue mère.

A 6-8 ans as-tu été à la messe de 4h du matin pour que ton père t'achète des pâtés à la sortie? Retournais-tu à la messe de 10h avec ta grand-mère pour aller prendre le thé chez Mme Colon à la sortie de l'église?

As-tu vu ces adorables vieilles femmes se vouvoyer en riant aux éclats, cachées derrière leur éventail? Mme Colon, Mme Madiou, Mme Harrison qui elle était de la Jamaïque?

Sais-tu qu'il fut un temps il y avait beaucoup de résidents du bassin caraïbéen en Haiti? Et qu'ils y étaient de leur plein gré, non d'un quelconque "accord".

As-tu entendu passé au haut de Turgeau, le zombi de la maîtresse d'un homme très connu, en hurlant "Joujou w wè mwen baw mari w, Joujou. Se mwen kap pase".

As-tu regardé furtivement le corsage ou les jambes croisées d'une jeune fille? As-tu pris ou reçu des "jof"?

T'y es-tu promené le long d'une route montagneuse jalonnée successivement de flamboyants et de poinsettias ?

As-tu été au théâtre de Jean Gosselin quand il était de passage?

Y as-tu pleuré des heures lors du premier déchirement de la première journée de classe en attendant qu'une marraine adorée vienne te ramener à la maison?

Les semelles de tes chaussures se sont-elle enfoncées dans le goudron ramolli du mois de juillet à midi?

As-tu connu les vraies fêtes de Saint-Pierre de Pétionville, juste avant que des bêtes n'y tabassent le jeune Rigal, lui laissant le visage ensanglanté, juste parce qu'il était "grimaud"?

As-tu construit des cabanes au fond de ta cour avec des branches de paresseux, qu'on t'avait autorisé à couper pour la circonstance?

As-tu eu une "pratique" de lait"? Une autre de viande de cabrit?

As-tu été dansé les Shleu-Shleu? As-tu connu les beaux jours de La Chaumière à Kenscoff? As-tu connu Tabou Combo au Paramount. Koupé Cloué au Lambi?

As-tu connu Kenscoff quand il n'était pas encore aussi construit qu'un centre commercial?

As-tu prié dans l'Ashram de Jean-Max Saint-Victor?

Y as-tu découvert Sergio Mendez? Vinicius de Moraes? Eumir Deodato? Tom Jobim?

Y as-tu écouté les vraiment toutes premières chanson de Manno Charlemagne, avant qu'il ne suive Aristide, puis qu'il s'en réveille?

Bref si tu ne t'es pas écorché les genoux dans ses cours de récréation. Si tu n'y a pas mangé des oranges sucrées, du tiam-tiam, de lapoudre damou, des menthes de Machan Protokol.

Si tu n'as pas senti ton cœur se gonfler en regardant son ciel bleu, dont les cocotiers taquinent la plante des pieds. Si tu n'as pas ressenti l'émotion que procure l'évanescence de la cloche d'un marchand de fresco, à midi, ou le chant grégorien d'une marchande d'œufs frais, si tu n'as pas couru pour rattraper la marchande de ladouskivyenkenèp……

Si dans ta PRIME JEUNESSE, tu n'a pas connu tout cela, alors tu n'auras jamais l'âme du pays.

Aussi tu ne peux guère spontanément pressentir ce qui convient au pays, PRIS COMME UN TOUT.

Il faut avoir été formé TRÈS TÔT dans un certain environnement pour ne pas voir une vision tronquée, simplifiée, bancale, du pays conduisant, dans trop de cas, à partager des idées émises par des ex-dirigeants pour l'exploitation d'une situation politique.

Autrement dit bonhomme, chaque fois qu'il sera question de résoudre un problème touchant au pays, tu seras trop souvent enclin à choisir –inconsciemment peut-être qui sait – une solution dévalorisante pour ce petit bout de terre, que n'ayant que trop peu connu, tu n'auras pas appris à aimer.

MOTS DE mon LOUIS

A presque sept ans Louis m'apprend:

-Maman tu vas mourir à 108 ans. Ce sera un 17 décembre.
-Et comment sais-tu tout cela mon ange,
-J'ai calculé pour ça: 1) Ta vérité; 2) Ta preuve de courage; 3) Ton intelligence; 4) Ton habileté; 5) Et tout ton amour.

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A 4 ans pour envoyer promener quelqu'un Louis le maudissait avec un:

-Je fais pipi sur ton caca!

Il était soulagé car dans la même phrase il avait réussi à placer "pipi" et "caca"

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Ce soir -12122002 – Louis 7ans, visiblement pressé de se défaire de son stock de jurons journaliers m'apprend, juste pour ma gouverne que:

-Le ZIZI a des testicules

-Les pommes d'Adam ont des FESSES

-et les CACAS ont des trous de nez

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4 ans:

-Louis il faudrait peut-être faire ta prière avant de t'endormir...

La prière de Louis:

MON DIEU JE T'AIME. JE TE FAIS DES BISOUS......court silence.....ET JE TE TAPE. ET JE TE MONTRE MES FESSES

Du moment qu'il Lui parle, n'est-ce pas?

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Janvier 2000 – 4 ans et demi

Ces derniers temps, depuis environ un mois, tout le monde a le même patronyme avec Louis:
"Boustival-Catante".

Bien sûr les prénoms varient. Ainsi je m'appelle "Capuccino Boustival-Catante". Parce qu'une petite condisciple l'appelle Capuccino. Mais même quand je suis Margaret, je fais toujours partie de la grande famille "Boustival-Catante"/

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Louis me présente je ne sais plus quoi et me dit que c'est un "NITOTO". Je lui demande:

-C'est quoi un NITOTO? Ca n'existe pas un NITOTO. Evite de dire n'importe quoi!

Réponse du berger à la bergère:

-Je ne dis pas n'importe quoi. Demain ça existera. Tu verras, on va inventer quelque chose et cela s'appellera un NITOTO. Dont acte.

4 ans
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Louis: -Si je te donne des coups, tu pleures… (il me donne des petits coups de poings assez mous).
Moi: -Louis, tu manques de pugnacité. Je vais t'envoyer au judo
Louis: - Du judo? Je ne veux pas du judo, j'en ai déjà bu du judo.

4 ans

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Louis se réveille et marche au radar: Je lui propose un jus de pommes.

- Je ne veux pas du jus de pommes. Je t'ai déjà dit 20 fois que je ne veux plus du jus de pommes.
Je t'ai déjà dit HUIT fois que je ne veux pas du jus de pommes.

Puis visiblement excédé:

- Je t'ai déjà dit ZIZI DE FOIS que je ne veux pas du jus de pommes - 4 ans


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Louis vient d'avoir 5 ans en avril. Il doit se rendre avec son père chez ses grand-parents. Il passe commande à sa grand'mère d'un gâteau au chocolat. Louis fêtera donc son anniversaire à Biviers.

Il me prévient :

- Je ne veux pas fêter un autre anniversaire à Paris. Parce que cela me fera avoir deux fois 5 ans et moi je ne veux pas avoir 55 ans.