PROFESSION? ANCIEN ESCLAVE....
Cette demande, bien que juridiquement grotesque , sera sans doute bien vue des lobbies noirs américains, qui entre deux énormes bouchées de maïs en regardant le câble ont la conscience qui les gratouille du côté de Port-au-Prince. Pourquoi le Blanc riche ne paierait-il pas pour tout le malheur dans lequel il nous a mis?
Le problème, c’est que le moindre tribunal rirait au nez d’une telle demande. Laquelle d’ailleurs n’était en fait destinée qu’aux journalistes de Miami, New York et Montréal, et n’a été déposée en bonne et due forme –et pour cause – devant aucun tribunal compétent.
La première question qu’aurait posé le tribunal serait la suivante : Qui accuse qui ? L’Etat haïtien attaque-t-il l’Etat français au sujet des sommes versées au XIX° siècle dans le cadre d’un traité ? Bien, l’argument est-il que le traité a été signé sous la contrainte ? Mais c’est le cas de la plupart des traités, ils ont même été faits pour ça : obtenir des engagements dans le cadre d’un texte, pour mettre fin à un rapport de force. En l’occurrence il s’agissait de permettre la reconnaissance de la république d’Haïti en droit international ce qui lui permettait de commercer. Avant ce traité, Haïti n’était en droit international qu’un territoire occupée par des rebelles. L’ancien colonisateur a donc « dealé » une indemnité - qui fut payée en près de 40 ans – pour dédommager les colons français dont les biens avaient été pris par les insurgés haïtiens, contre la fin d’un ostracisme diplomatique. Ce traité coûtait cher, et on peut le trouver historiquement injuste, mais il rapportait plus qu’il ne coûtait.
Est-ce bien sur ce traité que les aristidiens voulaient revenir ? Mais on n’a jamais vu un traité invalidé par un quelconque tribunal supérieur, qui resterait d’ailleurs à inventer. Sur quel droit se fonderait-il ? Encore sur la pauvre Bible?
Par un amalgame très intéressé, on essaie de faire croire qu’il s’agissait aussi d’obtenir des réparations pour l’esclavage. Idée généreuse et sans doute fondée historiquement, mais cela n’a rien à voir avec la demande précédente. Là encore, c’est qui contre qui ? Who sues who ? Ce ne peut pas être l’Etat haïtien, qui n’existait évidemment pas à l’époque, contre l’Etat français, qui n’était pas – en tant qu’Etat – trafiquant d’esclaves. Des individus privés français, et pas seulement français, ont été trafiquants d’esclaves. Et leurs victimes ont été elles aussi des individus privés. Mais il n’y a justement jamais eu d’Etat-esclave, puisque précisément il s’est construit par son abolition. Il y a là une confusion ridicule, mais sans doute volontaire, entre le droit pénal et le droit public. Si les familles émigrées au Canada des victimes des chimères voulaient faire juger Aristide, comment s’y prendraient-elles ? Pas en demandant que l’Etat haïtien verse une indemnité à l’Etat canadien.
C’est pourtant ce type d’amalgame auquel se livrent les aristidiens.
S’il s’agit d’obtenir de l’argent de l’Europe et de la France, il y a d’autres moyens de s’y prendre qu’en baragouinant un droit de pacotille entaché d’une vision romantique de l’histoire.
Et je décline au nom de ceux qui s'y associent ce statut d'ancien esclave, érigé en profession, indemnisé ad vitam aeternam par le monde entier.
Mag MagPeriod
Paris, le 31 mars 2004
